“La comparaison du populisme actuel avec celui des années 1930 ne tient pas”

La vague de populisme qui déferle sur le monde occidental, qui a produit le Brexit, et qui pourrait catapulter Donald Trump à la Maison Blanche et Marine Le Pen à l’Elysée l’année prochaine, est souvent comparée à ce qui est arrivé dans les années trente du siècle dernier, note Jacek Rostowski, ancien vice-Premier ministre polonais et ministre des Finances, dans un article d’opinion dans le Financial Times. Mais  la comparaison ne tient pas, affirme-t-il. Le fascisme qui a englouti l’Allemagne ainsi que l’Autriche, et la plongée de l’Espagne dans le gauchisme révolutionnaire, étaient le produit de conditions économiques extrêmes. Après le krach de 1929, le PIB allemand s’est contracté de 30% ; en Espagne, les gens étaient affamés.Les deux pays qui ont déjà succombé au populisme, la  Grande-Bretagne et la Pologne, enregistrent de bien meilleures performances économiques que la moyenne européenne. Entre 2007 et 2015, la Pologne a vu son PIB croître de 28%. En Grande-Bretagne, le taux de chômage s’établit à environ 5 %, le niveau du “plein emploi”, et le pays jouit d’une croissance similaire à celle de l’Allemagne.A contrario, les pays qui souffrent le plus ne plébiscitent pas forcément les partis populistes. L’Espagne, dont le PIB a reculé de 8% depuis 2007, et qui connaît un taux de chômage de 20%, et même de 50 % pour ses jeunes, a augmenté son soutien à son Premier ministre actuel, 3 jours après le référendum du brexit. L’Italie a aussi résisté à la tentation populiste incarnée par le parti Movimento 5 Stelle de Bepe Grillo. L’exception qui confirme la règle est la Grèce, un pays qui a connu une situation proche de celle de l’année 1929, avec la crise de l’euro qui s’est caractérisée par une baisse de son PIB de 25 %. Il ne faut donc pas s’étonner de l’arrivée au pouvoir du parti d’extrême gauche SYRIZA, tout en observant qu’il s’est depuis aligné peu ou prou sur les exigences définies par Bruxelles.Si la montée en puissance du populisme que l’on constate actuellement n’est pas la conséquence d’une misère insupportable, comme celle que l’Europe connaissait dans les années 1930, comment l’expliquer ?Rostowski répond à cette question de la manière suivante :

“Les populistes ont du succès dans des pays qui se portent bien parce que les électeurs ne pensent pas que quelque chose de vraiment mauvais pourrait se produire. Pourquoi ne pas donner aux populistes une chance de tenir leurs promesses ? Après tout, peut-être qu’ils peuvent les tenir ».

En effet, les dirigeants britanniques de la campagne du Brexit ont été extrêmement optimistes, promettant que la Grande-Bretagne serait prospère lorsqu’elle se serait débarrassée de ses chaînes bruxelloises. En Pologne, le Parti pour la Loi et la Justice a seriné le même refrain, reprenant sans vergogne à son compte le célèbre slogan “Yes We Can” (‘Damy Rade’) de la campagne du président américain Barack Obama. Une situation tout à fait incomparable avec ce qui a donné de la substance à “Mein Kampf”. Mais Rostowski conclut qu’au final, cette différence pourrait ne pas avoir une grande importance :

“Nous ne sommes peut-être pas en train de revivre les sombres années 1930. Mais les vœux pieux et l’irresponsabilité de ceux qui vivent dans des pays qui se portent comparativement bien sur le plan économique, rappelle étrangement la manière dont les nations européennes se sont engagées en guerre la fleur au fusil au cours de l’été ensoleillé d’août 1914, avec la conviction qu’“à Noël, tout serait fini”.

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