Comment la BCE engraisse les populistes

Ces derniers jours, plusieurs économistes ont publié des appels à des réformes sérieuses. Un certain nombre de politiciens ont également remis en question l’approche douce de nos finances publiques dramatiques. L’absence de tout sentiment d’urgence pour redresser la situation n’est guère surprenante. Remarquable donc, le plaidoyer de Conner Rousseau, le président des socialistes flamands (Vooruit), mécontent de l’absence d’accords sur les retraites et la réforme fiscale. « Si les extrémistes gagnent, personne ne devrait être surpris. Les autres devront expliquer pourquoi ils ont merdé », a-t-il lancé à ses partenaires de la coalition. Comme d’habitude, la montagne des retraites a accouché de pas beaucoup plus qu’une souris. Il ne sert plus à rien de réformer. Parce qu’il y a un tiers qui paie toujours: la BCE.

Selon la Commission européenne, si la politique reste inchangée, notre pays se dirige vers une dette publique de 130% du PIB en 2030. Dans l’un des scénarios de risque (encore assez modéré) de la Commission, ce taux serait même de 140%. Cela porterait notre dette publique au-dessus du pic historique de 138% atteint en 1993. Avec une dette publique de plus de 100%, la Belgique fait déjà partie des pays du club Med. Dans le contexte de l’énorme effort budgétaire qui nous attend, le niveau du débat politique actuel est donc carrément déconcertant.

L’effort budgétaire vs. l’état du budget.

C’est précisément là que le bât blesse, car le grand récit européen, dans lequel la Banque centrale européenne (BCE) ne revendique plus un rôle de soutien mais un rôle de leader absolu, s’est transformé ces dernières années d’une politique qui cherchait à décourager les populistes en une politique qui les engraisse. On obtient le contraire de l’effet désiré.

En France, les cadeaux ont surtout récompensé Le Pen et Mélenchon

Les exemples ne manquent pas. Lors de son premier mandat, le président français Macron a refusé de relever l’âge de la retraite pour nos voisins du Sud. À l’époque, il disposait d’une majorité au parlement. Lors des dernières élections législatives, les électeurs n’ont pas récompensé Macron pour cela, mais l’extrême droite et l’extrême gauche. La dette nationale française a doublé entre 2012 et aujourd’hui. La BCE a continuellement accordé des prêts bon marché à Macron et a même commencé à acheter des titres d’État français. La planche à billets financière a fait des heures supplémentaires. Qui en a profité ? Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Italie : Fratelli d’Italia devient le premier parti

Il y a ensuite l’Italie, où chaque rumeur sur une éventuelle réforme fiscale pousse les électeurs dans les bras des populistes. Dans le sondage le plus récent, les Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni sont en tête. Le parti, qui n’a jamais gouverné, est désormais plus important que la Lega Nord de Matteo Salvini et le Mouvement 5 étoiles de Giuseppe Conte. Deux partis populistes qui ont déjà goûté au pouvoir et perdu des électeurs, comme le montre le tableau ci-dessous. D’ailleurs, Meloni nie que son parti soit d’extrême droite. Elle préfère utiliser le terme de « extrêmement strict, méritocratique et de droite conservatrice ».

L’excitation populiste dans un pays de l’UE déclenche invariablement une réaction depuis Bruxelles. Lorsque les rendements des obligations du gouvernement italien ont commencé à grimper le mois dernier, la BCE – par-dessus la tête de Rome – a immédiatement convoqué une réunion d’urgence pour calmer les marchés. Christine Lagarde a promis « un mécanisme contre la fragmentation » pour prévenir les risques. Des discours sur la finance pour tenir les réformateurs à distance à l’avance. Les marchés financiers sont immédiatement entrés dans la danse. Non pas malgré, mais précisément grâce à de telles mesures, le vote populiste est devenu le modèle économique italien.

Chaque jour une nouvelle idée

Les populistes gagnent également du terrain dans notre pays. Tant le PTB, à gauche, que le Vlaams Belang, à droite, enregistrent de solides progressions dans les derniers sondages. Mais les partis de la Vivaldi se font aussi entendre. « Ecolo veut 30.000 euros de capital de départ pour chaque jeune de 25 ans (4 milliards d’euros par an), le président du MR, Bouchez, rêve d’un revenu de base de 1.000 euros pour tous (même avec des coupes importantes dans la sécurité sociale, cela coûterait facilement 50 milliards d’euros par an), … Une nouvelle idée surgit presque chaque jour », écrivait Bart Van Craeynest plus tôt sur notre site. « La série quasi-continue de ballons politiques pour de nouvelles dépenses publiques contraste fortement avec l’état chancelant de nos finances publiques. »

Mais la réforme n’a jamais figuré en tête de liste des priorités de l’homme politique d’aujourd’hui. En revanche, distribuer des cadeaux… Imprimer des milliards d’euros chaque jour a bien fonctionné pendant un certain temps. Jusqu’à ce que cela ne fonctionne plus. Les réformateurs représentaient autrefois l’avenir, aujourd’hui ils sont seuls. Il y a une partie tierce qui paie toujours la différence. Et les électeurs le savent.

(CP)

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