Cette ville est devenue l’une des plus durables au monde après une grave crise économique

Ce mardi, la troisième plus grande ville d’Argentine, Rosario, a reçu le « WRI Ross Center Prize for Cities » pour son projet mêlant environnement et bien-être social. Depuis deux décennies, la ville a révolutionné son économie tout en devenant durable à sa manière.

Lorsqu’une ville ou un pays fait face à une grave crise économique, il peut soit tenter de revenir à l’équilibre à grand coup de programme d’austérité ou il peut revoir totalement son économie et recommencer sur de nouvelles bases. Et c’est justement ce que la ville de Rosario a fait en 2001.

Entre 1998 et 2001, l’Argentine a fait face à une grave crise économique, qui a encore des impacts aujourd’hui dans certaines régions. Le pays avait en 1980 tenté d’équilibrer son économie – en proie à une forte inflation – grâce à la caisse d’émission. Mais après la crise asiatique et la bulle Internet à la fin des années 90, le pays s’est retrouvé ruiné.

À Rosario, la troisième plus grande ville de pays, plus de la moitié de la population était tombée dans la pauvreté. La nourriture devenait de plus en plus chère. Et les inondations et vagues de chaleur provoquées par le réchauffement climatique n’arrangeaient rien.

Retour à une économie agricole

La ville a alors fait le pari de modifier totalement l’économie urbaine pour retourner à une économie plus agricole. « Nous avons cherché à amener les voisins à s’autofinancer grâce à la production tout en trouvant une source d’emploi », a expliqué Pablo Nasi Murua, sous-secrétaire au Développement social de Rosario. Voici comment la ville s’est organisée.

  • Les terrains vacants sont devenus des potagers où les familles à faible revenu pouvaient cultiver leur propre nourriture.
  • Les autorités leur offrent des outils et des semences pour les aider à se lancer dans leur potager.
  • Les agriculteurs sont invités à vendre leurs produits localement, pour limiter l’inflation provoquée par les importations.
  • Des foires et grands marchés d’agriculteurs ont permis de créer une certaine cohésion et coopération entre les agriculteurs et les habitants de la ville.
  • Des formations ont ciblé les femmes pour qu’elles puissent devenir financièrement indépendantes de leur mari. Beaucoup d’entre elles travaillaient déjà, mais reversaient tout leur argent à leur conjoint.

Aujourd’hui, 700 familles d’agriculteurs mangent et travaillent grâce à ce programme. Dans la ville, 30 hectares sont utilisés comme verger communautaire et 15 hectares sont des potagers familiaux. Une « ceinture verte » a également été créée autour de Rosario où 700 hectares sont destinés à l’agriculture.

Le programme a aussi permis à des secteurs considérés comme ruraux de se développer dans la ville. Ainsi, on retrouve énormément de forgerons, de charpentiers, de producteurs de textile, etc. sur les marchés de la ville. Les peuples autochtones ont également trouvé leur place dans ce commerce local où ils vendent des produits traditionnels.

Un changement pour le climat

Le programme avait également dans un deuxième temps une visée écologique. Rosario vivait principalement du soja dans son secteur agricole. Et en contrepartie, elle importait énormément d’aliments. Ce qui coûtait cher, mais aussi produisait énormément d’émission de CO2.

Aujourd’hui, la ville est pratiquement autosuffisante. Elle n’a plus besoin d’importer d’énormes quantités de nourriture, les habitants se nourrissent des aliments qu’ils produisent eux-mêmes. Selon les études de l’université de Rosario, une production locale peut réduire les gaz à effet de serre de l’alimentation de 95%.

En outre, les autorités ont favorisé l’agriculture biologique. Les produits chimiques toxiques pour l’environnement doivent être évités. Même le réseau d’irrigation a été pensé pour éviter une pénurie d’eau.

Rosario est désormais la ville la plus verte du pays, avec une moyenne de 12 m² de terre agricole par habitant.

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