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Les électeurs ont plongé la Catalogne et l’Espagne dans une crise profonde

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22/12/2017 | Dominique Dewitte | 6 min de lecture

En Catalogne, les nationalistes sont parvenus à renouveler la majorité qu’ils avaient avant que le gouvernement Rajoy décide d’invoquer l’article 155. Les non-séparatistes de Ciutadans sont devenus le plus grand parti en Catalogne, mais ils ne peuvent quasiment rien faire de cette victoire.

Le Premier ministre espagnol Rajoy a joué en d’autres termes … et il a subi de lourdes pertes. En invoquant l’article 155, il a rendu jeudi le pouvoir qu’il avait repris à Puigdemont et Junqueras avec le même article 155.

Son Partido Popular (PP) a subi un échec cuisant et a perdu 8 de ses 11 sièges. Les probabilités sont grandes que le Premier ministre espagnol ait ainsi scellé son destin politique en Catalogne. En obligeant le président déchu Puigdemont faire campagne depuis son exil, et son vice-président Oriol Junqueras à faire la sienne depuis sa prison, il semble qu’il ait favorisé la victoire pour le camp séparatiste.

JOHN THYS / AFP

Depuis notre pays où il réside en exil, l’ex-président Carles Puigdemont a déclaré que « La République catalane a gagné face à la monarchie et l’article 155. Maintenant nous avons besoin d’une correction, d’une réparation et d’une restitution. La recette que Rajoy a vendue à l’Europe a échoué. Cela doit être écrit ».

Tous les partis nationalistes ont perdu des voix

En dépit du fait que tous les partis séparatistes ont obtenu globalement moins de sièges qu’en 2015, ils en ont assez pour crier victoire.

La victoire historique de Inès Arrimades de Ciutadans (+ 12 sièges) n’est donc rien de plus qu’un cadeau empoisonné.

Les séparatistes ont obtenu – comme en 2015 – 48 % des voix, mais 70 des 135 sièges.

C’est la conséquence d’un décret voté en 1980 selon lequel la province de Barcelone – où vivent 77 % des Catalans – n’est représentée que par 63 % des sièges. Une manière de réduire l’importance de la métropole par rapport à la campagne traditionnellement plus nationaliste. La province de Lleida, par exemple, où habitent 5,7 % de Catalans, a obtenu 11 % des sièges.

Le CUP anticapitaliste a perdu 6 de ses 10 sièges, mais les 4 qu’il a conservés font à nouveau du parti le « faiseur de rois ». Le CUP a déjà annoncé qu’il n’entrerait que dans un gouvernement qui proclamerait immédiatement et unilatéralement la République.

Les élections ne font qu’indiquer qui est légalement autorisé à diriger la Généralité de Catalogne. Mais les circonstances dramatiques dans lesquelles ces élections ont eu lieu et la participation record les ont – sous les yeux de toute l’Espagne et l’UE – transformées en plébiscite sur l’indépendance.

Etant donné que le parti de Rajoy a recueilli moins de 5 % des suffrages exprimés en Catalogne, le Premier ministre manque de crédibilité et la capacité de prendre des décisions dans les négociations difficiles qui s’annoncent maintenant. On s’attend à ce que l’opposition de Rajoy exploite cette opportunité pour réclamer de nouvelles élections nationales. Les personnalités qui ont été élues ont la crédibilité nécessaire pour mener de telles négociations.

Conclusion : La Catalogne se dirige vers un scénario à l’américaine dans lequel les constitutionnalistes remportent le « vote populaire » et les nationalistes « le Collège électoral ». La société catalane est maintenant très divisée avec deux blocs qui se regardent en chiens de faïence.

Les nationalistes ne manqueront pas d’invoquer de nouveau le « mandat du peuple » (voir ci-dessus le Tweet de « faiseur de rois » du CUP), tandis que les constitutionnalistes feront valoir que Puigdemont & co ne doivent pas commettre l’erreur de proclamer l’indépendance une seconde fois contre la volonté de la moitié de la population.


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