Bizarre, cette conférence de la Corée du Nord avec des « experts » étrangers

Voilà une expérience aussi intéressante qu’étrange que nous raconte le journaliste Ethan Lou.

La Corée du Nord, le seul état au monde connu pour voler des bitcoins, avait organisé il y a trois ans une grand-messe dédiée aux cryptomonnaies et aux technologies décentralisées. L’événement était censé réunir des « experts de premier plan » du monde entier.

La « Conférence internationale coréenne sur la blockchain » devait être l’occasion de montrer les avancées technologiques de Pyongyang, écrivaient à l’époque les médias d’État nord-coréens. « Cependant, on ne sait pas qui prendra la parole lors de la conférence ni comment l’événement fonctionnera sur le plan logistique », soulignait pour sa part Business Insider.

Le journaliste canadien Ethan Lou raconte que, à sa grande surprise, tout le monde dans le monde était le bienvenu à l’événement. Pour participer, il fallait simplement soumettre un formulaire d’inscription en ligne et payer environ 3.300 euros. « Je pensais que c’était une bonne occasion de voir comment la Corée du Nord gérait la crypto, car je savais qu’ils faisaient beaucoup d’affaires louches avec les monnaies numériques », narre-t-il dans un nouvel épisode de Crypto Stories sur YouTube.

Des spectateurs soudainement transformés en experts

Le « bad trip » est forcément truffé d’anecdotes. Lou pense que huit autres étrangers ont assisté à ladite conférence. Parmi les souvenirs marquants, il explique que les autorités nord-coréennes ont saisi l’ordinateur portable de l’un d’entre eux car il contenait une photo de son ex-petite amie et il était considéré comme du « matériel pornographique ». L’ordinateur portable serait restitué lorsque le visiteur quitterait le pays.

Peu de temps après le coup d’envoi de la conférence à Pyongyang, les visiteurs étrangers ont commencé à se rendre compte qu’ils étaient présentés aux locaux comme des « experts en cryptographie » venus décrypter les monnaies numériques. « On ne s’attendait pas du tout à ça ».

Lou, qui se décrit comme un « investisseur pionnier dans Bitcoin » en plus d’être journaliste, avait déjà signé des livres sur la crypto. Mais il a refusé d’intervenir comme conférencier, contrairement aux autres visiteurs étrangers qui ont improvisé une présentation. « Ils y ont pensé un jour ou deux à l’avance », explique Lou.

La conférence elle-même était finalement médiocre. « Il y avait environ 60 Nord-Coréens qui ont offert un exposé au public. Il n’y a pas eu d’interaction significative », se remémore Ethan Lou.

Griffith voulait-il aider le peuple nord-coréen ?

Lou a également rencontré Virgil Griffith, un développeur du système Ethereum, lors de la conférence. L’Américain était le seul étranger qui était venu explicitement à l’événement en tant que conférencier attitré. Griffith a confié à Lou que les Américains avaient besoin de l’autorisation de leur gouvernement pour se rendre en Corée du Nord. Les États-Unis n’avaient pas donné la permission à Griffith… qui y est quand même allé.

Griffith, qui, selon Lou, était très populaire auprès des Nord-Coréens, pensait qu’il rendait service aux États-Unis en éduquant à la technologie décentralisée les victimes de la dictature nord-coréenne. Griffith a finalement été arrêté par le gouvernement américain et condamné à cinq ans de prison l’année dernière.

« Je ne pense pas que ce que Virgil ait aidé la Corée du Nord à faire quoi que ce soit de mal », écrit Vitalik Buterin, co-fondateur d’Ethereum. Transfuge nord-coréenne et militante des droits de l’homme, Yeon-mi Park pense également que les cryptomonnaies telles que le Bitcoin peuvent être utilisées pour libérer les gens des dictatures en raison de leur nature décentralisée.

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