Argent bien mal acquis, ne profite jamais…

Ces derniers temps, les prix des matières premières ont plutôt flambé. Toutefois, le prix de l’argent était resté relativement sage… jusqu’à il y a peu. Sur les six derniers mois, son cours a augmenté d’environ 80%, passant de 19 dollars l’once à presque 34 dollars.

En mars 2008, JPMorgan Chase avait racheté Bear Stearns, et avait hérité, dans la dot de la mariée, de ses positions vendeuses sur l’argent. Avec le temps, JPMorgan avait ajouté ses propres mises sur celles de l’ex-Bear Stearns, renforçant la déprime du prix de l’argent. Puis HSBC vint le rejoindre dans la spéculation baissière. Selon des témoignages d’enquête, ces deux géants en seraient ainsi arrivés à contrôler la presque totalité du marché, c’est-à-dire environ 85% des positions à découvert des contrats « futures » sur l’argent, encaissant des milliards de dollars entre juin 2008 et mars 2010, et maintenant artificiellement le prix de l’argent à un niveau anormalement bas. Apparemment, ils contrôlaient également plus de 90% du marché des autres métaux précieux, à l’exception de l’or.

Aux Etats Unis, cependant, le trading des métaux précieux est très réglementé et fait l’objet d’une surveillance rapprochée, à la charge d’une agence fédérale, the Commodity Futures Trading Commission. En septembre 2008, après avoir reçu des centaines de plaintes concernant une potentielle manipulation du cours de l’argent de la part de JPMorgan et HSBC, elle a débuté une enquête. En novembre, un « indic », ex-collaborateur de Goldman Sachs doté d’une expérience de 40 ans des marchés, a expliqué à la Commission que les traders de JPMorgan se vantaient de sommes colossales qu’ils avaient empochées en inondant le marché de positions vendeuses, chaque fois que quelqu’un se manifestait pour acheter de l’argent et poussait ainsi le prix à la hausse.

L’indic, qui répondait au nom de Maguire, a invité la commission à assister en direct à l’une des opérations de manipulation de cours, expliquant que le 5 février 2010, le ministère du travail allait publier les chiffres des salaires non agricoles, et que cette occasion allait donner une nouvelle opportunité aux deux banques d’investissement d’agir sur le cours de l’argent pour le maintenir au plus bas. Le 5 février, il écrit un mail à la commission pour lui confirmer que l’opération de manipulation avait eu bien lieu, et qu’elle avait été un franc succès. Son message indiquait qu’il détenait à la disposition de la commission les listes des opérateurs ayant passé des ordres de ventes à découvert… et concluait en exprimant toute sa sympathie pour les investisseurs de bonne foi qui avaient perdu des sommes conséquentes durant cette journée du fait de cette prise de contrôle.

En mars 2010, Maguire rendit public l’email qu’il avait adressé à la commission, pour la stuimuler à agir, parce qu’il la jugeait trop molle sur le dossier. JPMorgan Chase et HSBC réduisirent leurs positions à découvert de 30%, autorisant le cours de l’argent à augmenter sensiblement, mais tout en conservant une conséquente part de marché.

Désormais, le cours du métal précieux grimpe de jour en jour, et les deux établissements qui spéculaient à la baisse sont pris à leur propre piège, puisqu’ils ne peuvent plus se débarrasser de leurs positions vendeuses qui se dévaluent de jour en jour, selon un participant du marché. Celui-ci rapporte que les deux banques d’affaires sont en train de perdre graduellement les milliards qu’elles avaient acquis, et même encore plus…

Cependant, deux ans et demi plus tard, l’enquête de la commission n’a toujours pas abouti, et selon l’un de ses membres, le marché de l’argent était toujours contrôlé à 35% il y a quelque mois de cela, une portion suffisante pour exercer une influence significative sur son cours. Quant à Maguire, l’indic, il subit un étrange accident de voiture le jour qui suivit son audition. Alors qu’il se trouvait dans une station-service, une voiture venant d’une rue perpendiculaire vint percuter violemment plusieurs automobiles, dont la sienne…

 

(Image:Fickr/ ‘Charlotte Bartholdi‘)

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