Après la Chine, le 2e réseau TGV le plus étendu au monde se situe dans l’UE. Mais il transporte très peu de personnes

Isopix

Le deuxième réseau de TGV le plus étendu au monde – après la Chine – se trouve en Espagne, mais il ne transporte que 4,8% de tous les voyageurs en train dans ce pays.

À l’exception de la Chine, nulle part dans le monde le réseau de trains à grande vitesse n’est plus étendu qu’en Espagne. Mais selon le régulateur fiscal espagnol AIReF (Autoridad Independiente de Responsabilidad Fiscal), il y a peu de raisons de se réjouir. Pourtant, le réseau TGV espagnol s’étend désormais sur 3.086 km. Les liaisons entre Madrid et Barcelone et Madrid et Séville attirent de nombreux voyageurs. Mais avec 30 millions de passagers ou 4,8% du total national, le réseau reste fortement sous-utilisé. De plus, c’est le réseau le moins utilisé de tous les pays avec une infrastructure TGV digne de ce nom.

Le train est le jouet préféré du terrain de jeu des politiciens

Le fait que le train soit le jouet préféré des politiciens n’est pas nouveau. L’Espagne n’est pas le seul pays où les politiciens aiment associer leurs noms à des projets ferroviaires prestigieux. On connait bien ça en Belgique. La construction d’une toute nouvelle gare de Mons a débuté en 2013 et aurait dû être achevée en 2015. Des années plus tard, il y a peu de mouvement sur le chantier. La compagnie ferroviaire a estimé le budget en 2007 à 37 millions d’euros. Le chiffre actualisé est de 324 millions d’euros.

Le réseau TGV espagnol a jusqu’à présent coûté 55,89 milliards d’euros, dont un quart a été payé par l’UE. 14,7 millions d’euros ont été dépensés par kilomètre de voie, un montant qui reste comparable à la moyenne européenne et internationale. Le gouvernement espagnol souhaite étendre davantage le réseau TGV. Au total, 5.654 km supplémentaires doivent être construits. Coût: 73 milliards d’euros supplémentaires.

Investissez plus dans le réseau traditionnel

Mais l’AIReF remet ces plans en question. Le trafic ferroviaire régulier en Espagne a transporté plus de 562 millions de personnes en 2018, soit 90% de tous les trajets en train. Mais entre 1990 et 2018, à peine 3,6 milliards d’euros y ont été investis. L’Espagne devrait donc investir davantage dans son réseau traditionnel, conclut l’AIReF. Parce qu’il y a une disparité socio-économique croissante entre les villes reliées par le réseau de la TGV et le reste du pays. Le régulateur fiscal préconise la création d’une agence indépendante pour fixer et évaluer les priorités.

Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Toute une série de voiries TGV ont déjà été partiellement construites. Ils vaut mieux les compléter. Il est prioritaire de ne pas lancer de nouveaux processus, disent les experts. Parce qu’ils relient principalement des zones peu peuplées. Moins de clients signifie des billets plus chers et une rentabilité moindre.

Mais ensuite, la politique revient en jeu. Les régions les plus pauvres en particulier demandent une connexion TGV. Ceux qui vivent par exemple en Estrémadure, la région la plus pauvre d’Espagne, mettront 6 heures aujourd’hui pour voyager en train de Badajoz à Madrid. La promesse politique d’un raccordement TGV mobilisera massivement les électeurs dans ces régions défavorisées.