A une bouchée de la mort: une goûteuse d’Hitler témoigne

[PICTURE|sitecpic|lowres]

Pendant 2 ans ½, Margot Wölk, une Allemande aujourd’hui âgée de 95 ans, a goûté les plats servis à Adolph Hitler avant qu’il ne les mange lui-même, avec la peur qu’ils soient empoisonnés par les Alliés, et qu’elle n’en meure. « Il n’y avait jamais de viande, parce qu’Hitler était végétarien ». Alors que le reste de l’Allemagne était affamé, les goûteurs d’Hitler dégustaient des mets délicats tels que des asperges cuisinées dans une sauce au beurre, alors introuvable en cette période de guerre, des pâtes, et des fruits exotiques. « La nourriture était bonne, très bonne. Mais nous ne prenions aucun plaisir à la manger », explique-t-elle.

Wölk, qui était alors une secrétaire de 24 ans, avait fui l’appartement berlinois de ses parents en 1941. Elle s’était retrouvée forcée à rejoindre le service des 14 autres jeunes femmes goûteuses dirigé par les SS, dans la « tanière du loup » (Wolfsschanze) d’Hitler en Prusse Orientale, à proximité de l’actuelle ville polonaise de Ketrzyn (à l’époque Rastenburg),  après avoir rejoint le village de Gross-Partsch, situé à moins de 3 km du repaire du Führer.

Le 20 juillet 1944, les jeunes femmes avaient été conviées à regarder un film dans une tente près du QG d’Hitler, lorsque la bombe du Colonel Claus von Stauffenberg avait explosé. « Le souffle de l’explosion nous a éjectées des bancs de bois. Puis quelqu’un a crié « Hitler est mort ! » », se souvient-elle. Mais le complot, organisé par plusieurs des plus hauts gradés allemands, avait échoué, et Hitler s’en était tiré avec seulement quelques ecchymoses. Par la suite, les Nazis avaient renforcé la sécurité de son repaire, et les 15 jeunes goûteuses n’étaient plus autorisées à y dormir, et elles avaient été transférées dans une école désaffectée à proximité. Wölk y avait été violée par un officier SS qui s’était introduit dans sa chambre au cours d’une nuit.

Lorsque l’Armée russe, en progression vers l’Ouest, s’était rapprochée de la « tanière », un lieutenant avait mis Wölk dans un train à destination de Berlin. Elle avait appris plus tard que ce lieutenant lui avait sauvé la vie, puisque les 14 autres jeunes femmes avaient été fusillées par les soldats russes. Mais elle avait tout de même été arrêtée par des soldats russes et violée à plusieurs reprises. Les blessures qu’elle avait subies avaient été telles que par la suite, elle n’avait jamais pu avoir d’enfant. Ce n’est qu’en 1946 qu’elle avait pu retrouver son mari Karl, qui avait été à la guerre et avait été fait prisonnier. Le couple a vécu 34 ans ensemble par la suite.

Malgré toutes ses souffrances, Wölk ne s’est jamais départie de son sens de l’humour « bien qu’il est devenu plus sarcastique », et elle affirme c’est le recul qu’elle a réussi à prendre sur ces évènements qui lui a permis de survivre. C’est la première fois qu’elle s’ouvre sur cette période de ce passé exceptionnel. Elle explique qu’au fil du temps, elle a retrouvé le plaisir de manger, et qu’elle s’est enfin décidée à parler parce qu’elle voulait témoigner de ce qui s’est réellement passé à cette époque. « Cet Hitler était vraiment un homme répugnant. Et un porc », en dit-elle.

Plus
Dernière mise à jour:
Dernière mise à jour:
Lire plus...
Marchés
BEL20