‘A 23 ans, je me demande si la pornographie ne m’a pas complètement bousillé’

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«Comme d’autres garçons de mon âge, j’ai grandi avec un accès illimité aux cochonneries en tous genres. Agé de 23 ans aujourd’hui, je me demande si cela ne m’a pas complètement bousillé », explique en préambule Isaac Abel, qui rapporte son expérience douloureuse d’addiction précoce à la pornographie et la perversion de sa sexualité qu’elle a provoquée sur le site Salon.

Abel se souvient que c’était sur Kazaa, un site de partage de fichiers, qu’il avait commencé à visionner et à enregistrer ses premiers DVD de vidéos pornos pour les partager avec ses camarades, alors qu’il n’était qu’à l’école primaire. Dès que ses parents étaient couchés, il se faufilait pour accéder à l’ordinateur familial et regarder les vidéos interdites. La culpabilité d’enfreindre un tabou et la peur de se faire prendre se combinaient à l’excitation sexuelle que lui procuraient la vision de ces vidéos pour marquer son cerveau du souvenir indélébile de ces sensations fortes.

C’est donc devant la « trivialité futuriste de l’écran clignotant » de son ordinateur que le jeune Isaac avait atteint l’orgasme pour la première fois. Ses deux parents, tous deux psychologues, avaient bien compris qu’il était tombé dans la pornographie, mais, embarrassés par les implications de cette situation, ils avaient renoncé à en parler avec lui.

Isaac était donc passé aux sites pornographiques comme youporn.com et redtube.com, et très vite, il était tombé dans la spirale des pratiques sexuelles spéciales. « Rapidement, je me suis désensibilisé aux images en ligne. Si le triolisme avait été excitant la semaine passée, j’avais maintenant besoin de quelque chose de plus épicé». Dès sa seconde année de collège, il s’était senti dépravé et honteux du type de porno qu’il avait pris l’habitude de visionner ; des pratiques de plus en plus extrêmes, comme des viols, de la pornographie avec des femmes d’âge mur, et des scènes de bukkake, par exemple.

S’inquiétant de ne plus rien éprouver à l’égard des jeunes filles de son école, il avait décidé de s’abstenir de visionner de la pornographie et de se masturber pendant une période de 5 mois au cours de sa dernière année de collège. Mais il avait constaté qu’il était à peu près devenu incapable d’avoir des rapports satisfaisants avec des jeunes femmes sans avoir recours à l’alcool et à la marijuana. Pire, il était obligé de s’évoquer de la pornographie pour maintenir ses érections. N’ayant obtenu ses orgasmes qu’avec l’aide de la pornographie jusqu’alors, il ne pouvait plus se passer du recours voyeuriste à ces images pour parvenir au même résultat.

Isaac en a discuté avec d’autres jeunes du millénaire qui connaissent le même problème. «10 ans plus tôt, avant que nous ayons des rapports sexuels, nos circuits neuronaux ont associé l’éjaculation avec une perversité addictive et progressive qui réclamait une sur-stimulation extraordinaire », explique-t-il. « Même encore maintenant, mes fantasmes sont basés sur des fantaisies que j’ai découvertes à l’âge de 14 ans. (…) J’ai craint que la pornographie sur internet ait aliéné à jamais mon développement sexuel. Serai-je capable de cesser un jour de visionner du porno alors que ces images passent en boucle dans ma tête?», s’est-il demandé. « Désormais, j’essaye de me reprogrammer, de désapprendre ma sexualité socialisée ». Mais quelle peut-être l’alternative de cette sexualité? La sexualité est toujours basée sur quelque chose. Comment renouer avec sa sexualité naturelle? Petit à petit, les choses redeviennent normales, mais c’est un processus très lent.

« Je crois qu’en fin de compte, je veux seulement me sentir bien à ressentir du plaisir, déloger la disgrâce, la culpabilité et la perversité addictive de la partie de mon cerveau qui contrôle l’excitation. Je veux pouvoir explorer les pratiques spéciales, mais sans y être résigné. (…) Je me sens étranger à ma propre sexualité, comme si c’était celle de quelqu’un d’autre. Je veux reprendre possession de mes désirs sexuels », explique-t-il.

Une étude de l’Université de Padoue d’octobre 2011 a montré que l’exposition constante à des images sexuelles explicites et des vidéos privait les jeunes hommes de tout intérêt pour le sexe. L’étude avait conclu que le porno est un véritable fléau psychologique qui conduit toute une génération d’hommes dans leur vingtaine à perdre leur libido 30 ans plus tôt que prévu.

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