📊 Les poulets ont été sélectionnés pendant des décennies pour devenir plus gros, mais certains éleveurs veulent les faire rétrécir

Les poulets sont plus gros, mangent moins, pèsent plus et vivent moins longtemps qu’il y a 100 ans. Le gĂ©nie gĂ©nĂ©tique et les programmes de sĂ©lection, mais aussi les consommateurs, en sont responsables. Aujourd’hui, il existe aux États-Unis des entreprises qui veulent Ă©lever des « poulets Ă©thiques ».

Dans les annĂ©es 1920 aux États-Unis, il fallait plus de trois mois et près de 6 kg d’aliments pour Ă©lever un poulet jusqu’Ă  une taille commercialisable. Ă€ l’Ă©poque, cela reprĂ©sentait environ un kilo et demi. Aujourd’hui, grâce aux modifications gĂ©nĂ©tiques et aux mĂ©thodes d’Ă©levage industriel, les Ă©leveurs peuvent Ă©lever un poulet jusqu’Ă  presque doubler son poids en deux fois moins de temps. Il faut sept semaines et un peu moins de nourriture pour Ă©lever un poulet de près de trois kilos.

Mais cette efficacitĂ© a un prix. La plupart des poulets sont Ă©levĂ©s dans des conditions harassantes. Ils sont entassĂ©s dans des espaces confinĂ©s, sont si grands qu’ils peuvent Ă  peine se tenir debout et leur viande peut ĂŞtre criblĂ©e de bandes de graisse blanches.

Élevage éthique de poulets

Aujourd’hui, un nouveau segment de l’industrie du poulet veut faire les choses complètement diffĂ©remment : Ă©lever des poulets plus petits et les laisser grandir plus lentement. Ils veulent garder Ă  l’esprit Ă  la fois l’Ă©thique et les habitudes alimentaires. Selon leurs propres termes, ces producteurs souhaitent trouver un meilleur Ă©quilibre entre le bien-ĂŞtre des animaux, l’efficacitĂ©, et le goĂ»t et la consistance de la viande. Ils Ă©vitent le trait gĂ©nĂ©tique Ă  croissance rapide et sĂ©lectionnent les animaux dont la progĂ©niture est saine. Cela signifie qu’ils ont un système immunitaire robuste et des jambes fortes pour sauter et courir.

Les producteurs veulent s’assurer que les animaux soient heureux. Ils doivent donc ĂŞtre capables de picorer et de gratter dans la boue. L’un des initiateurs de ce mouvement, Cooks Venture, estime que la forte demande et la concurrence pour une viande moins chère ont fait baisser la qualitĂ© du poulet. « Le secteur est en train de s’emballer », dit-il.

Brevet sur la génétique

Pourtant, il ne sera pas facile pour les producteurs de niche d’Ă©lever des poulets « éthiques ». Presque tous les poulets sont issus d’une souche Ă  croissance rapide, et celle-ci appartient Ă  deux entreprises. Aviagen Group et Cobb-Vantress, qui font tous deux partie du gĂ©ant amĂ©ricain Tyson Foods. Les Ă©leveurs qui cherchent Ă  dĂ©velopper de nouvelles lignĂ©es doivent donc ĂŞtre prudents. Il y a de fortes chances que la gĂ©nĂ©tique soit brevetĂ©e ou couverte par la propriĂ©tĂ© intellectuelle.

Bien que la production de poulet en masse pose un problème majeur de bien-ĂŞtre et de qualitĂ© des animaux, il reste le morceau de viande le plus populaire aux États-Unis. MĂŞme le bĹ“uf et le porc sont moins mangĂ©s que le poulet, dont la consommation moyenne est de près de 58 kg par personne. L’annĂ©e dernière, des supermarchĂ©s et des chaĂ®nes de restaurants comme KFC ont signalĂ© qu’ils ne pouvaient pas se procurer suffisamment de poulet.

Une vie plus longue

Pourtant, certaines entreprises pensent pouvoir Ă©lever des poulets qui vivent plus heureux et ont meilleur goĂ»t. Mais l’Ă©levage de ces poulets est un processus laborieux et coĂ»teux. Scott Sechler, propriĂ©taire de l’entreprise de poulets Bell & Evans, affirme qu’il est difficile d’Ă©lever un animal savoureux qui puisse Ă©galement vivre plus longtemps. L’entreprise a investi 75 millions de dollars (65 millions d’euros) dans un nouveau type de poulet Ă  croissance plus lente. Mais pas un seul oiseau n’avait une viande assez tendre. « Chaque oiseau plus âgĂ© a plus de saveur mais devient plus coriace », dit-il. « Les consommateurs n’aiment pas ça. »

Les partisans de cette approche plus lente affirment toutefois que les goĂ»ts changent. Global Animal Partnership, une ONG spĂ©cialisĂ©e dans l’Ă©tiquetage des aliments, partage cet avis. Le groupe prĂ©voit de publier une liste rĂ©visĂ©e des races approuvĂ©es. Dans un premier temps, cette liste exclura certaines des plus grandes races et en ajoutera quelques nouvelles. « Il peut s’agir d’un morceau de poulet lĂ©gèrement plus petit dans votre assiette pour le mĂŞme prix », explique Anne Malleau, directrice exĂ©cutive du groupe. « Mais c’est mieux pour le poulet, et nous espĂ©rons que les consommateurs en verront la valeur ».

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